Consejo Real - Busquet & Espinet

Par Miguel Martin Perez -  13 Janvier 2014, 12:04  -  #critique

Consejo Real - Busquet & Espinet

Salut à tous, toutes et aux autres (j’espère que je n’oublie personne). Alors tout d’abord une très bonne année à vous tous ; j’espère que vous vous êtes bien bourré la gueule au vin blanc, que la dinde était bien fourrée, que vous avez bien rigolé et eu une bonne gueule de bois de derrière les fagots le lendemain… Un peu, d’ailleurs, comme l’introducteur de cette histoire.

Le roi Leonard III est un vrai fêtard, addict de bières fortes et de compagnies aux formes généreuses ; il faut dire que sa garde royale, composée de Johan, Otto, Zeke, Alastor et Lazarus, n’est pas là pour vraiment l’arrêter dans ses déboires. Malheureusement, au détour d’une bringue du tonnerre de dieu plus qu’arrosée, le bon roi qui ne marchait déjà plus très droit vu l’heure matinale, trébuche et meurt dans un tragique accident.

La question se pose … Diriger un royaume n’est pas une chose facile et il faut bien que quelqu’un s’y attèle (de cheval) à la tâche… Mais qui ? Oui qui !!! La garde royale, censée le protéger, est vachement embêtée ; et comme il y a toujours plus d’une mauvaise idée dans plusieurs têtes que dans une seule, un germe de folie va naitre. Ils décident, d’une manière complètement « désintéressée » de prendre les rênes du pouvoir en commençant par maquiller la mort du roi en assassinat, accuser et déclarer la guerre au royaume voisin , le Takistan, et, bien sûr créer de nouveaux impôts histoire d’alimenter les caisses et leurs débauches.

Rebaptisée entre-temps « Conseil Royal », voilà nos joyeux drôles aux commandes du royaume, prêt à tout pour assouvir leurs ambitions et leurs avantages royaux (qui a dit droit de cuissage ?) à travers divers actes amoraux. La reine se laissera-t-elle faire ? Le fils du roi reprendra t-il le trône ? Auront-ils assez d’alcool pour festoyer ? Quelqu’un a des idées pour des impôts ?

« Consejo Real » est un œuvre graphique parue chez Dibbuks, un éditeur espagnol situé logiquement en Espagne et qui édite des bd en, je vous le donne en mille, espagnol ; eh oui ceci est une critique sur un bouquin en pure VO un peu à l’égal des critiques faites par certains journalistes sur la scène comics américaine. Et puis soyons réalistes, il y a par là-bas un vivier d’auteurs plus que novateurs, qui rafraichit le style franco-belge par leur création (cf. Blacksad, Rubin, David Aja, etc.). Cette petite parenthèse étant faite, revenons à nos chevrettes.

Le livre est donc une pure parodie satirique brassant divers sujets tels que la corruption, la soif de pouvoir et l’amour de l’argent par une certaine classe politique. Un sujet donc, très moderne et aligné avec le contexte économique et politique de notre société, et de surcroit raconté intelligemment et avec humour (ce qui ne gâte rien).

Écrite par Josep Busquet, l’histoire est originale, dans son temps, sans répétitions au niveau des gags et agréable à lire grâce à son côté ironique et punk. Ici pas de gentils ni de méchants mais une critique qui nous montre entre autres que finalement ce sont ceux qui sont censés avoir le pouvoir de décider qui ne l’ont pas (ou qui ne cherchent pas à l’avoir).

Au dessin, on a Roc Espinet, un gars qui nous vient de l’animation et donc qui maitrise le cadrage, la prise de vue etc. Visuellement on est étonné par le style graphique noir et blanc qui, au premier abord ne casse pas la baraque, mais mélange subtilement semi-réalisme, caricature et époque rétro. L’ensemble est très énergique, dynamique et donne une vraie vie aux personnages et aux situations irréalistes.

Personnellement ce qui m’a bien plu, c’est le ton très moderne dans la manière de raconter l’histoire et le parallélisme que l’on peut faire avec des faits réels. Et puis, l’absurdité de certaines situations m’a fait plus que sourire, ce n’est pas comme si on se masturbait sur le code civil mais presque (private jeu de mots destiné à moi tout seul, qui est de bon aloi certes, et au nom duquel je m’arrête d’ailleurs).

Au niveau de l’objet lui-même, c’est une belle bête rigide, cartonnée, lourde et qui tient vachement bien dans la main avec ses 84 pages bien épaisses. Comme la couleur est chère et qu’un impôt est sûrement passé par là, seule la couverture profite de couleurs chatoyantes et rayonnantes ; l’intérieur est tout de blanc et noir vêtu, saupoudré de dégradés de gris, ce qui lui confère un style très vintage.

Le tout dégage de bonnes vibrations sympathiques et plaira aux personnes désireuses d’avoir un livre qui ne pète pas trop haut, mais qui est amusant à lire surtout qu’il est lisible aussi bien par le prisme de l’humour, de l’histoire que de la réflexion (et donc qui plairait entre 10 et 99 ans). Un album qui fait mouche à mon sens.

Voilà, je vous quitte ici. Et tenez, j’allais oublier de vous dire : pour 2014 j’ai pris la bonne résolution de prendre une bonne résolution pour 2015. Et croyez-moi, quand on me connait, ça en jette un max.

Nota bene : Comme je suis bon prince en ce début d’année et qu’elle commence sur les chapeaux de roues, je veux bien vous en faire la traduc’ en version Voltaire si d’aventures le challenge vous tente (oui je suis comme ça, un peu fou fou) ; mais bon laissez-moi un peu de temps bon sang! :)

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